Édouard Pichon, phonologue
Édouard Pichon (1890–1940), qui est l’un des introducteurs de la psychanalyse en France, est surtout connu pour la grammaire Des mots à la pensée (1930–1950) qu’il a écrite avec Jacques Damourette (1873–1943). On sait moins qu’il a cherché à concilier la représentation mentale des sons avec les propositions phonologiques de Troubetzkoy. Dans une note manuscrite publiée pour la première fois dans cet article, il a tenté d’établir une distinction dans le vocalisme du français par la combinaison des traits d’aperture et de longueur. Il conjecture en particulier entre le /o/ et le /ɔ/ en syllabe finale ouverte une opposition qui n’est attestée dans aucun registre du français central. Il considère cette opposition comme un usage propre aux classes supérieures, transformant l’image orthographique des mots en un artefact de la perception.
Table des matières
Durant la première moitié du XXe siècle, la contribution des universités françaises à la recherche linguistique a été faible. La section des “sciences historiques et philologiques” de l’École Pratique des Hautes Études et le Collège de France, dominés par Antoine Meillet (1866–1936), restaient les lieux de référence de cette discipline (Bergounioux 1998). Parallèlement, sans qu’ils aient pu obtenir une reconnaissance statutaire dans l’enseignement supérieur — une situation plus souvent subie que voulue –, quelques savants poursuivaient de leur côté des travaux sur la langue française. On peut mentionner Lazare Sainéan (1859–1934) et Gaston Esnault (1879–1971) pour la description des argots, Gustave Guillaume (1883–1960) et Édouard Pichon (1890–1940) en grammaire.