Rapport critique
Une ‘grammaire’ des grammaires de la Renaissance
À l’occasion de: Les grammairiens italiens face à leur
langue (15e–16e s.)
Berlin & Boston: Walter de Gruyter, 2019. 752 p. ISBN 311-0-37094-8 / 978-3-11-037094-2 € 159,95
Table des matières
À l’époque de la Renaissance italienne, qui constitue le cadre de l’ouvrage dont je me propose de rendre compte ici, l’histoire de la langue et des questions linguistiques est étroitement liée à l’histoire de la littérature d’une part et à celle de l’écriture et du livre de l’autre. Sous l’impulsion de l’Humanisme, les études philologiques renaissent et l’Italie commence à prendre conscience de son unité culturelle. D’où le besoin d’une nouvelle langue unitaire, qui, en plus de posséder les qualités du latin, se prête à consolider l’unité naissante (cf. Pozzi 1988: 10). Car, comme le dit Elias Canetti, on ne vit pas dans un lieu, mais plutôt dans une langue (cf. Vitale 2012: 827). C’est dans ce contexte que surgit, en 1524/1525, la Questione della lingua, qui finit par aboutir à la ‘question de la grammaire’, c’est-à-dire à l’effort collectif des grammairiens de la Renaissance pour élaborer une ‘grammaire générale’ de la production linguistique en Italie (cf. Quondam 1978: 574–575). L’effort se traduit par une série de textes grammaticaux publiés pour la plupart tout au long du Cinquecento. Pour la grande majorité d’eux, on peut postuler avec Quondam (1978: 577–578), qu’ils sont non seulement destinés à l’écriture, ou, plus précisément, à la production littéraire, mais qu’ils naissent de l’écriture, dans la mesure où ils puisent dans les textes des Trois couronnes, i. e. des auteurs modèles [ p. 106 ]du Trecento Dante, Petrarca et Boccaccio – la fameuse ‘Fabrica del mondo’, pour citer Francesco Alunno.