Mais qu’est-ce donc que le ʾiḫbār? Focus et présupposition(s) en grammaire arabe

Cet article se décompose en deux parties. Dans la première partie, je traduis et analyse un texte extrait du Šarḥ al-Kāfiya du grammairien Raḍī al-dīn al-ʾAstarābāḏī (m. après 688/1289), montrant qu’il reconnaît deux types de présuppositions : syntaxiques, liées à une relative, et pragmatiques, liées à la situation d’énonciation. L’intonation étant la grande absente de la grammaire arabe, la situation d’énonciation peut s’interpréter comme un dialogue réel ou virtuel, où l’énoncé répond à une question explicite ou implicite auquel est lié un présupposé. Je propose de comprendre ainsi un passage problématique de la Muqaddima d’Ibn Ḫaldūn (m. 808/1406). Dans la seconde partie, je restitue ce texte dans son contexte, celui de l’opération dite al-ʾiḫbār bi-llaḏī ʾaw bi-l-ʾalif wa-l-lām et consistant à faire d’un nom d’une phrase 1 le propos d’une phrase nominale 2 au moyen d’une relative. Si cette opération est interprétable par les linguistes arabisants d’aujourd’hui comme une transformation syntaxique et sémantique de focalisation, pour les grammairiens arabes eux-mêmes c’est un simple exercice scolaire, lié à la question du ʾiʿrāb des noms (flexion casuelle), permettant de vérifier leur indéclinabilité ou déclinabilité, parfaite ou imparfaite. Je montre comment ce sens particulier de ʾiḫbār s’articule avec les deux grands sens de ce terme en grammaire arabe, eux-mêmes liés aux deux sens de ḫabar (propos d’une phrase nominale ou énoncé assertif, positif ou négatif).

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